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Vivre réellement

Réflexion sur Ecclésiaste 6 9.

Ecclésiaste 6:9

Mieux vaut voir de ses yeux que de laisser aller son imagination : c'est encore là futilité et poursuite du vent.

Traduction littérale
Mieux vaut la vision des yeux que la marche de l'être (ou du désir).

Plusieurs aspects peuvent être développés :

  • vie par procuration
  • mauvaises suppositions/projections
  • vanité ignorante

Les yeux ne peuvent pas mentir. La vue qu'ils nous retransmettent sont le reflet de la vérité. Une vérité pure, complète, neutre et inaltérable. Quelque part, ils nous rendent la nature nous entourant dans une forme de perfection qui n'a plus qu'à être cueillie dans son essence la plus réelle.
Les yeux sont des attributs que Dieu nous a donné et c'est évidemment ce qui leur donne ce caractère véritable. Il n'y a pas transformation, il n'y a pas interprétation. Il y a juste l'image, telle qu'elle est. Ce qui n'est pas le cas de ce qui peut ressortir de notre esprit.

Imagination

L'imagination de par sa définition est une "Faculté que possède l'esprit de se représenter ou de former des images. "
"Capacité de se représenter ce qui est immatériel ou abstrait". C'est donc une capacité qui nous permet de nous projeter dans une image que nous aurions créé pour visualiser une idée intérieure. Il n'y a donc pour ainsi dire pas de limite à notre imagination. Mais il ne faut pas oublier que l'homme est limité. Aussi limité que Dieu est illimité, l'homme ne peut concrètement pas voir plus loin que ce qu'il connaît à moins de l'imaginer.
Et si cela amène à l'invention, la création ou l'idéation, la probabilité de chute est au moins aussi grande que celle de l'élévation. Comme si nous marchions à l'aveugle dans un magasin de porcelaine.

Projections et mauvaises interprétations

Seule la grâce de Dieu peut nous sortir de là évidemment mais il faut se rendre compte que les émotions ont une influence considérable sur notre imagination. En bien ou en mal.

Nous pouvons par exemple nous imaginer des idées nocives d'une personne parce que nous la jugeons et que nous la croyons déjà coupable. Cette culpabilité dont nous l'assignons sans sommation empêche tout discernement et met cette personne dès le début dans une position qui est injuste parce que la personne n'aura encore rien fait.

Psaumes‬ ‭65:4

David qui chante

Le poids des fautes me dépasse ; tu feras l'expiation de nos transgressions.

Jésus a effacé le poids de nos péchés.
Dieu nous aime d'un amour inconditionnel.
Il faut donc voir de ses yeux, ce que la personne est réellement et non l'imaginer. Parce que l'imaginer, c'est se baser sur ce que nous avons connu de cette personne et qui n'est plus. C'est se baser sur notre jugement et oublier Dieu. C'est la condamner et non la pardonner.
Bien sûr qu'il y a des conséquences, peut-être encore actuelles, qui peuvent nous plonger dans le doute. Toutefois, si du jour au lendemain quelqu'un se levait pour rejoindre le Christ, est-ce que nous ne le croirions pas sincères parce qu'hier encore il n'était qu'un païen ? La chair nous dit oui mais Dieu nous demande de Lui faire confiance. Il ne nous demande pas d'oublier mais Il nous demande de Le suivre dans Son projet.

Il faut être comme Paul et ne pas condamner le péché mais l'accompagner pour élever le pécheur vers une chrétienté saine. Difficile à dire lorsque ce sont des personnes qui ont par exemple eu des influences négatives sur nous. J'ai vu le témoignage d'une personne dont la fille a été tuée par un autre homme. Il s'avère que cet autre homme est devenu le meilleur ami du père de la fille. Pourquoi ? Parce qu'il lui a pardonné. Parce qu'il a vu quelqu'un de perdu à qui il fallait montrer le nom de Jésus-Christ. Aujourd'hui ce meurtrier autrefois, est devenu chrétien. Je parle de meurtre mais je peux parler de nous car Jésus ne nous a pas condamné à la moindre erreur. Un péché étant un péché, si Jésus n'était pas aimant, nous aurions été condamnés et destinés à l'enfer depuis notre naissance.

C'est pour cela qu'il faut pouvoir se séparer de la chair et de nos émotions lorsqu'il y a nécessité de jugement. Et il est extrêmement vaniteux de vouloir faire passer ses émotions devant la loi divine. Concrètement, cela signifierait que nous réfutons la justice de Dieu et que nous nous sentons supérieurs à lui. Cela signifierait que nous surpassons une divinité qui transcende l'espace-temps et qui est omnisciente. Voilà notre vanité.

Vanité

Nous pouvons penser savoir sans avoir vu réellement ce qu'il en est. Cela est une paresse qui se veut vaniteuse car elle ne prend même pas le temps de chercher ou de comprendre. La personne s'enferme dans une idée qu'elle veut immuable et inattaquable et rejette toute réfutation du sujet.

Exemples
- Les fans de Céline Dion qui pensent que sa performance aux JO n'était pas en playback alors qu'il y a des preuves réelles que cela a bien été retouché et pré-enregistré.
- Les gens qui achètent Shein alors que des gens meurent
- Les gens qui défendent Israël alors que des gens meurent

Difficile de dire d'où cela provient. De l'orgueil probablement mais également une volonté à ne pas vouloir voir la vérité au fond. Paradoxalement, ce sont des gens qui préfèrent vivre dans l'ignorance car celle-ci est finalement une zone de confort. Il n'y a pas à réfléchir. Il n'y a pas à se questionner. Il y a juste une idée, inaltérable, à croire et il n'y a pas à se poser de questions là dessus. Confronter ses idées, c'est quelque chose de difficile. Parfois, certaines de ces idées sont très profondément ancrées en nous et il est d'autant plus difficile de les remettre en question.

Comme dit Salomon, le sage et l'ignorant finissent au même endroit alors à quoi bon ? Car la sagesse en plus d'être un travail amène à la souffrance. Voilà ce que veulent éviter ces personnes là.

Ecclésiaste 6:8

Que reste-t-il de plus au sage qu'à l'homme stupide ?
Quel avantage a-t-il, le pauvre qui sait, pour marcher devant les vivants ?

Pour justifier ce comportement je peux également citer l'allégorie de la caverne de Platon:

Allégoire-caverne-Platon.jpg

Les gens préfèrent voir l'ombre de la vérité elle-même car celle-ci, sans préparation, sans effort, est éblouissante et peut faire souffrir au premier abord.

Mais il est important d'être humble et de s'avouer à nous même que nous ne savons rien. Encore une fois, nous ne sommes pas supérieurs à Dieu et tout peut être remis en question à partir du moment où nous n'avons pas eu la sagesse suffisante pour nous renseigner en profondeur sur un sujet.

Proverbes 19:2-3

Il n'est pas bon de se méconnaître ;
à se précipiter on manque le but.
${}^3$ L'imbécillité de l'être humain pervertit sa voie ;
et c'est contre le Seigneur que son cœur s'irrite.

Version S21
Le manque de connaissance n'est bon pour personne,
et celui qui précipite ses pas tombe dans le péché.
$^3$ C'est la folie de l'homme qui pervertit sa voie,
mais c'est contre l'Eternel que son cœur s'irrite.

Galilée et l'humble recherche de vérité

Les gens ont cru, à une époque, que la Terre était plate, que la Terre était au centre de l'univers (géocentrisme). Et certains pensaient cela comme des vérités immuables. Mais des gens qui se posaient des questions, des gens humbles, qui avaient cette volonté de connaître ce monde que Dieu a créé, ont découvert et ont appris à connaître. Galilée, par exemple, était chrétien et il a défendu la théorie héliocentrique alors qu'à l'époque ce n'était pas la croyance. Il n'a pas remis en question Dieu mais les vérités annoncées immuables par l'Eglise et ses prédécesseurs.
Il s'est fait juger mais il n'a jamais dévié de sa théorie malgré la condamnation par l'église catholique.

Extrait de "Galilée face à l'Eglise"

De plus, il semble que Galilée, d’après la lettre qu’il a écrite à Christine de Lorraine, ait voulu s’immiscer dans le problème d’exégèse et prouver notamment que le modèle géocentrique de Ptolémée était impossible à accorder avec certains passages de l’Écriture. Non seulement Galilée ne pouvait pas à l'époque avancer de preuves astronomiques du modèle de Copernic, mais il essaya de réfuter le système de Ptolémée comme contraire à l’Écriture Sainte.

Note
Le géocentrisme défini par Ptolémée à l'époque se base notamment sur une interprétation biblique qui dit que le Soleil et la Lune ont été créé après la Terre, pour l'éclairer.

Ce n'est donc pas une mauvaise chose de se poser des questions sur ce monde. Il faut se poser des questions car les réponses obtenues nous permettent de connaître la création de Dieu et donc de nous rapprocher de Lui. Parce que connaître, c'est voir également l'immensité et la complexité du monde qui nous entoure. Quelque chose dont nous ne pourrons jamais tout comprendre, mais où chaque découverte nous donne encore plus à apprécier cette vertigineuse infinité divine.

Vie par procuration

Observer la vie des autres peut être inspirant. Voir des gens qui font et qui réussissent dans un domaine qui nous intéresse peut nourrir en nous cette volonté d'avancer. Mais cela reste un outil que Dieu nous permet d'avoir pour nous pousser dans nos vies respectives. Regarder des influenceurs sur YouTube, Twitch, Instagram, TikTok. L'excès de tous ces contenus nous emmène à ne plus avoir d'influence sur le monde réel et à imaginer nos vies sous le prisme de tous ces gens que nous regardons. Nous ne vivons plus dans le réel mais dans un monde virtuel. Nous ne sommes plus actifs mais passifs. Il est donc nécessaire de nous poser des questions. S'il n'y a pas d'action, si cela n'influence pas nos vies en Christ, alors cela est inutile. D'un outil, cela devient juste un divertissement excessif qui nous fait oublier ce pourquoi nous sommes là.

Pascal sur le divertissement

La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement, et cependant c'est la plus grande de nos misères. Car c'est cela qui nous empêche principalement de songer à nous, et qui nous fait perdre insensiblement. Sans cela nous serions dans l’ennui, et cet ennui nous pousserait à chercher un moyen plus solide d’en sortir, mais le divertissement nous amuse et nous fait arriver insensiblement à la mort.

Je serai quand même moins catégorique que Pascal sur le divertissement. Celui-ci, à une moindre mesure, peut être considéré comme du repos. Et le repos est important car c'est lui qui nous permet de garder la forme, de guérir de nos blessures ou juste de régénérer notre santé mentale.

Ecclésiaste 4:6

Mieux vaut une poignée de repos que deux poignées de travail et de poursuite de vent.

À quoi bon travailler si nous ne sommes pas efficaces ? À quoi bon faire pour faire ? Et à quoi bon travailler si ce n'est pas pour Dieu ? Cela ne sert à rien de travailler si nous n'avons ni la tête, ni le cœur, ni le corps à cela. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas se surpasser mais si nous ne le faisons pas avec un cœur tourné vers le Christ, cela ne sert à rien. Il vaut mieux parfois prendre du recul sur soi, pour mieux pouvoir se remettre à avancer.

Le divertissement, et cette vie par procuration, qui en est la conséquence, reste un danger pour tous. Comme tout outil, mal utilisé, tout se transforme en objet de notre déchéance. C'est pour cela qu'il faut réfléchir à l'impact sur nos vies de ces choses qui nous influencent et de voir si nos vies se rapprochent de Dieu au travers de nos observations. Il faut vivre nos vies selon ce que Dieu nous enseigne. Il ne faut pas être quelqu'un d'autre ou admirer la vie des autres pour oublier la nôtre. Il faut être nous même, enfant de Dieu et fruit des inspirations et des influences que nous aurons eu dans nos vies respectives et que Dieu nous donne pour nous guider vers Lui.

Conclusion

Il est nécessaire de vivre nos vies réellement. Non pas de laisser notre imagination périr dans les limbes de notre conscience mais de l'utiliser comme une force pour nous projeter dans le réel. L'imagination est un outil donné par Dieu qui nous a permis à toute époque de transcender notre connaissance et de surpasser notre essence. L'imagination, c'est une transition. Nos rêves, nos cauchemars, nos doutes, nos craintes, nos apriori, toutes ces choses qui nous habitent et qui font notre imaginaire doivent chercher une matérialisation dans la réalité.
La communication, avec les autres, notamment, en est une partie intégrante et c'est ce que nous a enseigné Jésus-Christ. L'amour envers les autres implique une compréhension et un échange entre les méconnaissances de chacun. Nous ne pouvons lire dans les pensées de l'autre donc nous devons avoir l'humilité d'apprendre à nous connaître afin d'éliminer toute interprétation en nous. Et il faut avoir la même réflexion pour tout.
C'est difficile et en tant qu'humain, extrêmement chronophage. Entre ce qui se passe dans notre imaginaire et la résolution de celui-ci dans le monde réel, il peut se passer, des jours, des mois voire des années. Nos rêves, nos doutes, nos craintes pourront même stagner jusqu'à notre mort sans que nous n'ayons réalisé quoi que ce soit. Mais la finalité n'est pas là. La finalité, c'est de se demander, avec ces choses en nous, ce que nous pouvons faire pour Dieu. Car ce n'est pas notre volonté qui doit se réaliser mais la sienne.

  • Devrais-je me réconcilier avec mon pire ennemi ?
  • Devrais-je pardonner à celui qui m'a humilié ?
  • Devrais-je m'excuser à celui que j'ai blessé ?
  • Devrais-je m'accomplir en tant que musicien ou choriste ? Diacre ? Pasteur ?
  • Devrais-je prendre mes responsabilités ? Dans ma famille ? Mes amis ? Mes frères en Christ ?
  • Devrais-je supprimer ces choses qui m'éloignent de Dieu ?

Toutes les réponses et les nuances sont dans la Bible. Mais je pense que nous connaissons déjà les réponses à ces questions. Vivre réellement c'est cela, c'est chercher cette vie en Christ, cette vie de vérité absolue, cette vie où nos questionnements doivent trouver écho auprès de Dieu.

Sources

  1. Bible
  2. Pensées de Pascal
  3. Allégorie de la caverne : https://fr.wikipedia.org/wiki/All%C3%A9gorie_de_la_caverne
  4. Galilée face à l'église: https://www.collegedesbernardins.fr/magazine/article/galilee-face-a-leglise-un-celebre-proces