Le salut en Jésus Christ s'obtient en acceptant ceux qu'Il envoie
Thème : « Le salut en Jésus Christ s'obtient en acceptant ceux qu'Il envoie » (Esaïe 35.1-10 ; Jacques 5.7-10 ; Matthieu 11.2-11)
« Le salut en Jésus Christ s'obtient en acceptant ceux qu'Il envoie ». Voilà le thème qui nous réunit aujourd’hui.
Il y a dans la manière d’agir de Dieu quelque chose qui déroute toujours l’être humain. Nous aimerions un Dieu spectaculaire, un Dieu qui intervient directement, un Dieu qui se manifeste sans passer par personne. Pourtant, depuis toujours, Dieu a choisi d’agir à travers des envoyés : des prophètes, des messagers, des serviteurs, des frères et sœurs, parfois même des personnes inattendues.
Le paradoxe, c’est que le salut que nous attendons tant se trouve souvent juste devant nous, mais il passe par des instruments que nous avons du mal à accepter. Le peuple d’Israël attendait le Messie, mais n’a pas reconnu Jean-Baptiste, encore moins Jésus. Jean lui-même, pourtant le plus grand prophète, a eu du mal à comprendre pleinement ce que Dieu accomplissait en Jésus. Et nous, aujourd’hui encore, nous risquons de passer à côté de l’œuvre de Dieu parce que nous attendons autre chose, ou quelqu’un d’autre.
Le salut de Dieu : un chemin que Dieu prépare, mais que l’homme doit reconnaître
Lorsque nous lisons Ésaïe 35, nous sommes frappés par cette image saisissante du désert qui s’épanouit et des terres arides qui se couvrent de fleurs. Le désert n’est pas seulement un lieu géographique, il représente la condition humaine dans son état de détresse, de fatigue et de désolation. La promesse de Dieu, telle qu’elle se révèle ici, annonce une transformation qui commence déjà. Comme l’a souligné Henri de Lubac, le réel de Dieu agit avant même que nous le comprenions, et il précède notre adhésion. Dieu prépare le terrain avant que notre cœur ne puisse répondre. Le salut n’est pas une récompense postérieure à nos efforts, mais une initiative divine qui rend possible toute réponse humaine.
Ce salut se manifeste souvent de manière inattendue. Dieu trace un chemin, un sentier clair au milieu de ce désert, mais il passe par des voies que nous ne percevons pas toujours comme divines. Les instruments de ce salut sont souvent ordinaires, humbles, voire fragiles. Cela contredit notre attente naturelle d’un Dieu spectaculaire, qui briserait nos murs de manière éclatante. Jean-Baptiste lui-même a éprouvé le trouble face à la réalisation du salut. Sa question envoyée à Jésus, « Es-tu celui qui doit venir ? », révèle combien même les plus grands parmi nous peuvent avoir du mal à reconnaître ce que Dieu prépare. Cela nous rappelle que le salut n’est pas seulement dans le geste visible, mais dans la reconnaissance de l’œuvre de Dieu à travers ses moyens choisis.
Le chemin de Dieu exige que nous discernions sa main dans ce qui nous paraît ordinaire. Le salut transforme d’abord notre regard sur le monde et sur nos vies. Les paysages secs de nos existences (les blessures anciennes, la solitude, les échecs) peuvent devenir des lieux de floraison si nous acceptons de voir l’action de Dieu au milieu de notre quotidien. Karl Barth insistait sur le fait que la révélation de Dieu se manifeste toujours dans le cadre de ce que Dieu met devant nous. L’homme n’est pas passif, il est appelé à percevoir, à accueillir et à marcher sur ce chemin préparé. Le salut est un mouvement qui implique une interaction : Dieu initie, mais l’homme doit reconnaître, recevoir et avancer.
Reconnaître le salut dans sa forme concrète demande un cœur attentif et patient. Dieu ne se limite pas à des signes spectaculaires ou à des interventions extraordinaires, Il agit par ce qui est disponible, ce qui est accessible. Les fleurs du désert ne poussent pas soudainement sous nos yeux : elles demandent le temps, l’humilité, et la disponibilité de contempler ce que Dieu fait. La transformation qu’annonce Ésaïe est donc simultanément un appel à l’émerveillement et un exercice de discernement. Elle nous enseigne que le salut n’est pas seulement un futur à atteindre, mais une réalité déjà à l’œuvre que nous devons apprendre à voir et à suivre.
Dans ce mouvement, nous découvrons aussi que Dieu respecte la liberté humaine. Il ouvre le chemin, il prépare les passages, mais il n’impose jamais sa grâce. La floraison du désert n’éclate pas malgré notre indifférence, mais elle se révèle pleinement à ceux qui acceptent de marcher sur le chemin tracé. C’est ce mélange subtil d’initiative divine et de responsabilité humaine qui rend le salut vivant et dynamique. La reconnaissance du salut devient donc un acte de discernement spirituel : savoir identifier la présence de Dieu dans le monde et accepter de laisser cette présence transformer notre vie, même à travers des instruments imparfaits.
Le défi de la reconnaissance : l’endurcissement humain face aux envoyés de Dieu
Reconnaître le salut ne va pas sans obstacles. Le défi de l’homme, depuis toujours, est de voir et d’accepter les envoyés de Dieu. Le récit de Jean-Baptiste en prison est particulièrement éclairant. Même celui qui avait été préparé toute sa vie pour annoncer le Messie, celui que Jésus lui-même a appelé le plus grand des prophètes nés d’une femme, éprouve le trouble et le doute. Cela révèle la fragilité humaine face à l’inattendu et à l’incompréhensible. Jean, dans sa grandeur, illustre ce paradoxe : l’homme peut être appelé à reconnaître l’œuvre de Dieu et pourtant hésiter à identifier sa manifestation réelle. Si même un prophète éprouve cette difficulté, combien plus le peuple, attaché à ses attentes et à ses images d’un salut spectaculaire, peut-il manquer la présence de Dieu dans le quotidien et dans les personnes ordinaires qu’Il envoie ?
Cette tension n’a pas disparu aujourd’hui. Nous avons tendance à attendre que Dieu intervienne de manière frappante, que le miracle surgisse, que la délivrance tombe soudainement du ciel. Mais ce que Jésus met devant nous est souvent discret : la guérison d’un cœur brisé, la parole courageuse d’un frère ou d’une sœur, un enseignement humblement transmis. Les signes sont visibles, pourtant le cœur humain peut rester fermé. Jésus montre clairement que les manifestations de la grâce sont là : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés. Et pourtant, accepter ces signes demande de dépasser nos préjugés et nos attentes.
Le scandale de l’envoyé est inhérent à la manière dont Dieu choisit d’agir. Il ne se conforme jamais à nos normes de grandeur ou de perfection. Les prophètes sont imparfaits, les pasteurs sont humains, les frères et sœurs dans la foi peuvent trébucher. Et pourtant, ce sont eux qui deviennent les porteurs du salut.
Rejeter l’envoyé, c’est souvent refuser de voir l’œuvre de Dieu. Jésus le dit avec force : « Heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute ». La difficulté n’est pas seulement d’accepter Jésus, mais d’accepter le moyen qu’Il choisit pour nous approcher. Accepter les envoyés de Dieu exige un regard nouveau et un cœur attentif. La grâce n’agit pas uniquement dans l’exceptionnel, elle se manifeste dans l’ordinaire, dans le quotidien, et parfois dans des situations déroutantes ou inconfortables. Le salut se vit dans la patience et dans l’humilité de reconnaître que Dieu parle et agit par des voix humaines. Alors, saurons-nous accueillir l’œuvre de Dieu même lorsque ses instruments nous paraissent imparfaits ou inattendus ?
La patience et l’humilité : conditions pour accueillir l’œuvre de Dieu
Accepter l’œuvre de Dieu demande patience et humilité. Jacques utilise l’image du cultivateur qui attend la pluie : le semeur ne peut précipiter la germination ni accélérer la croissance ; il doit observer, arroser, protéger les graines et faire confiance au temps et aux cycles que Dieu a instaurés. La vie spirituelle fonctionne de la même manière : Dieu agit selon son rythme, et l’homme est invité à marcher avec patience sur le chemin que Dieu prépare. Toute précipitation ou attente d’un miracle instantané peut nous rendre aveugles aux signes déjà présents.
L’accueil des envoyés de Dieu demande une véritable humilité, car le Seigneur ne choisit jamais ses messagers selon les critères humains. Les prophètes, les serviteurs ou les enseignants ne sont pas sans défauts. Pourtant, c’est précisément cette humanité fragile qui devient un canal privilégié de la grâce de Dieu. Comme le rappelait Théodore de Bèze, l’œuvre de Dieu ne dépend pas de la perfection de ses instruments, mais de leur fidélité à la mission qui leur est confiée. Reconnaître et recevoir la parole transmise par ces envoyés devient alors un acte de foi, un exercice de discernement où l’on accepte que Dieu parle à travers des voix humaines pour révéler sa présence et sa volonté. Le croyant est invité à marcher avec confiance, non parce que les instruments sont parfaits, mais parce que Dieu demeure fidèle à travers eux.
Conclusion
Le salut de Dieu se déploie dans ce chemin qu’Il trace devant nous, un chemin de sainteté que seuls ceux qui acceptent d’y marcher peuvent réellement connaître. Dieu ouvre la route, mais Il ne force pas la porte de nos choix : chaque pas demandé est un pas libre, offert comme une réponse à sa grâce. Jésus demeure la porte de ce salut, mais Il se fait proche aussi à travers ceux qu’Il envoie pour nous conduire plus loin dans la vérité. L’Église, la communauté, les voix qui nous entourent deviennent des instruments précieux, non parce qu’ils sont parfaits, mais parce qu’ils portent une lumière qui ne vient pas d’eux-mêmes. Refuser leur présence, leur parole ou leur aide revient parfois à se fermer à Dieu.
Le salut se vit ensemble, dans un espace où la grâce prend corps à travers les relations, les gestes de solidarité, les paroles qui fortifient, etc. C’est au milieu de cette vie partagée que la transformation intérieure trouve son terrain, non pas dans l’isolement ou l’auto-suffisance, mais dans l’accueil de ce que Dieu dépose en l’autre pour nous. Reconnaître ce que Dieu suscite autour de nous devient alors une véritable démarche de foi, un consentement à la sagesse divine qui choisit ses instruments selon son dessein et non selon nos attentes.
Cette marche demande aussi un regard affiné, un discernement capable de percevoir la présence de Dieu dans la simplicité du quotidien. Les signes extraordinaires ne sont pas toujours nécessaires ; la présence de Dieu se laisse toucher dans les petites fidélités, dans les actes cachés, dans les paroles qui réveillent la vie. Apprendre à reconnaître ces traces, à les accueillir, c’est entrer dans un rythme où la confiance prend le pas sur la peur, où la foi devient une lecture neuve de ce que Dieu réalise à travers ses témoins.
Et si c’était maintenant notre tour d’entrer pleinement sur ce chemin ? Si c’était aujourd’hui le moment d’ouvrir notre cœur à ceux que Dieu place devant nous, même lorsque leurs moyens nous surprennent ou leurs limites nous dérangent ? Le Seigneur continue de parler, de guider, d’appeler. Rien n’est fermé pour celui qui choisit de marcher. Alors avance avec confiance : Dieu te précède, Il t’accompagne, et Il te donnera de reconnaître, au bon moment, les voix, les mains et les visages par lesquels son salut veut atteindre ta vie.
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